Ce qu'est un OKR
OKR signifie « objectives and key results », soit objectifs et résultats clés. C'est une manière simple de s'accorder sur ce qu'une équipe ou une organisation veut changer, et sur la façon dont elle saura si ce changement s'est produit. L'objectif décrit la destination avec des mots. Les résultats clés la chiffrent, pour que l'avancement puisse être vérifié plutôt que deviné.
Chaque OKR comporte un objectif et, en général, deux à quatre résultats clés, et il porte sur une période fixe, le plus souvent un trimestre. Cette période compte : elle est assez longue pour accomplir quelque chose de concret et assez courte pour en tirer des leçons et s'ajuster. Une équipe a rarement besoin de plus de trois OKR à la fois, car chacun mérite qu'on s'y arrête chaque semaine.
Rédiger un bon objectif
Un bon objectif est une phrase courte qui dit ce que vous voulez voir réalisé d'ici la fin de la période. Il s'exprime avec des mots plutôt qu'avec des chiffres, et il indique clairement la direction que prend l'équipe. Chacun doit pouvoir le lire une fois et l'expliquer à un collègue sans notes.
Laissez les chiffres aux résultats clés. Un objectif formulé comme une simple cible, par exemple un chiffre à atteindre à une date donnée, dit quoi compter mais pas pourquoi c'est important. Partez de la raison, puis laissez les résultats clés montrer à quoi ressemble la réussite. Si une équipe ne sait pas dire pourquoi un objectif compte ce trimestre, c'est probablement le mauvais objectif.
- Qualitatif : il est rédigé avec des mots simples et décrit une situation que l'équipe veut atteindre, pas un chiffre.
- Orienté : il indique le cap de l'équipe et pourquoi ce cap compte maintenant.
- Court et facile à retenir : il tient sur une ligne, pour qu'on puisse s'en souvenir en réunion sans avoir à le chercher.
Les résultats clés mesurent des résultats concrets
Un résultat clé est un résultat mesurable qui montre la progression vers l'objectif. Il décrit un changement dans la réalité, comme moins de réclamations ou des livraisons plus rapides, plutôt qu'un travail que l'équipe va réaliser. Si le travail est terminé mais que l'indicateur n'a pas bougé, le résultat clé n'est pas atteint.
Chaque résultat clé a besoin d'une valeur de départ et d'une cible, et l'on doit pouvoir voir où il en est à tout moment du trimestre. Deux à quatre résultats clés par objectif suffisent en général. Pris ensemble, ils doivent faire qu'il soit difficile de crier victoire tout en passant à côté de l'essentiel de l'objectif.
- Faire bouger un chiffre : faire passer un indicateur de sa valeur de départ à une cible, par exemple porter le nombre d'utilisateurs actifs hebdomadaires de 1 200 à 1 800.
- Tenir un seuil : maintenir un indicateur au-dessus ou en dessous d'un niveau fixé pendant tout le trimestre, par exemple garder la disponibilité du service à 99,5 % ou plus.
- Franchir un jalon : quelque chose qui est fait ou non à une date donnée, par exemple un nouveau contrat fournisseur signé et effectivement appliqué d'ici la semaine 8.
- Améliorer un taux : augmenter ou réduire un pourcentage, par exemple faire passer la part des commandes livrées le jour promis de 88 % à 95 %.
Un exemple concret
Imaginez une équipe de support client qui entend la même plainte chaque semaine : les clients attendent trop longtemps une réponse et doivent souvent redemander. L'équipe convient que régler ce problème sera sa priorité du trimestre suivant. Elle rédige un objectif, « Les clients obtiennent de l'aide rapidement et n'ont à demander qu'une fois », et lui associe trois résultats clés.
Objectif
Les clients obtiennent de l’aide rapidement et n’ont à demander qu’une fois
Résultats clés
- Réduire de 9 heures à 2 heures le délai médian avant la première réponse.
- Faire passer la part des demandes résolues dès le premier contact de 61 % à 75 %.
- Maintenir la note de satisfaction client à 8 sur 10 ou plus pendant tout le trimestre.
Chaque résultat clé teste un aspect différent de l'objectif. Le premier porte sur la rapidité, le deuxième sur le fait que les clients aient ou non à revenir, et le troisième empêche l'équipe de bâcler ses réponses pour atteindre les deux autres. Aucun ne désigne une tâche : l'équipe reste libre de choisir comment y parvenir, qu'il s'agisse de meilleurs articles d'aide, de nouvelles règles d'aiguillage des demandes ou de davantage de formation.
Résultats, livrables et tâches
Un livrable est quelque chose qu'une équipe produit, comme un rapport, une fonctionnalité ou une session de formation. Un résultat est le changement que ce livrable doit provoquer, comme moins d'erreurs ou une prise en main plus rapide. Les résultats clés doivent décrire des résultats, car un livrable peut être remis à temps sans rien changer.
Le travail lui-même reste important. Les projets et les tâches dont une équipe pense qu'ils feront bouger un résultat clé sont souvent appelés initiatives. Rangez-les sous le résultat clé qu'ils servent, réexaminez-les au fil du trimestre et abandonnez ceux qui n'aident pas. Le résultat clé reste fixe ; le chemin pour l'atteindre peut changer.
OKR et KPI
Un indicateur clé de performance, ou KPI, est une mesure qu'une équipe surveille en permanence pour s'assurer que son activité se porte bien, comme le respect des délais de livraison ou la disponibilité du service. Les KPI vous disent si les choses fonctionnent comme elles le devraient. Les OKR servent aux quelques domaines où vous voulez que quelque chose change, et ils durent une période définie.
Les deux fonctionnent ensemble. Quand un KPI sort de sa plage normale, ou quand une équipe décide qu'un KPI stable doit atteindre un nouveau niveau, cette mesure peut devenir un résultat clé le temps d'un trimestre. Une fois revenue là où elle doit être, elle rejoint la liste des mesures que l'équipe surveille, et l'OKR passe au changement suivant.
OKR d'entreprise, d'équipe et individuels
La majorité des organisations fixent un petit nombre d'objectifs d'entreprise qui décrivent les changements les plus importants pour l'ensemble de l'organisation. Les équipes fixent ensuite leurs propres OKR pour la part du travail sur laquelle elles ont prise. Certaines personnes fixent aussi des OKR individuels, en général pour un travail qui relève d'elles seules.
Un objectif d'équipe doit être rattaché à l'objectif d'entreprise qu'il soutient plutôt que le recopier. Recopier transforme l'OKR de chaque équipe en une même phrase et masque ce que chaque équipe va réellement faire. Le rattachement conserve la formulation propre de l'équipe et rend le lien explicite, si bien que chacun peut suivre comment le travail local contribue aux ambitions de l'entreprise.
Tout le monde n'a pas besoin d'OKR individuels. Pour bien des postes, contribuer aux OKR de l'équipe est le choix le plus clair et évite une longue liste d'objectifs personnels que personne ne consulte. Les OKR individuels ont surtout du sens pour les spécialistes et les chefs d'équipe qui portent un résultat bien à eux.
Le rythme d'un trimestre
Les OKR fonctionnent mieux quand les mêmes quelques rendez-vous reviennent chaque trimestre. Un rythme prévisible évite à chacun de se demander quand les objectifs sont fixés, discutés ou clôturés, et fait des OKR une partie du travail normal plutôt qu'un exercice en plus.
- Fixer : pendant les deux dernières semaines du trimestre précédent, rédigez, discutez et arrêtez les objectifs et les résultats clés du suivant.
- Faire le point chaque semaine : chaque responsable enregistre l'avancement et sa confiance une fois par semaine, ce qui prend quelques minutes par résultat clé.
- Faire une revue à mi-trimestre : vers la sixième ou la septième semaine, regardez ce qui est en bonne voie et ce qui ne l'est pas, et décidez si un résultat clé a besoin d'une nouvelle approche.
- Clôturer et prendre du recul : la dernière semaine, notez où chaque résultat clé s'est arrêté et ce que l'équipe a appris, puis appliquez ces enseignements au cycle suivant.
Gardez le même rythme d'un trimestre à l'autre. Quand les équipes savent ce qui les attend, on passe moins de temps sur la procédure et plus sur le travail lui-même. Certaines organisations fixent des objectifs d'entreprise annuels tandis que les équipes restent au trimestre, ce qui fonctionne bien tant que les OKR de chaque trimestre se rattachent aux objectifs annuels.
Ce que contient un bon point d'avancement
Un point d'avancement hebdomadaire enregistre quatre éléments pour chaque résultat clé : la valeur actuelle, le niveau de confiance du responsable quant à l'atteinte de la cible, les éventuels blocages, et une phrase de contexte. Le contexte compte, car un chiffre seul s'explique rarement de lui-même. Une ligne comme « en attente du nouveau fournisseur, nette hausse attendue la semaine prochaine » vous épargne une réunion.
Mieux vaut court et régulier que long et rare. Une mise à jour de deux lignes chaque semaine donne aux collègues un signal précoce, alors qu'un long rapport mensuel arrive souvent quand le moment d'agir est passé. Si rien n'a changé, dites-le ; un point qui ne signale aucun mouvement cette semaine reste utile.
Score et confiance
À la fin du trimestre, chaque résultat clé reçoit un score qui indique dans quelle mesure la cible a été atteinte, souvent sur une échelle de 0 à 1 ou en pourcentage. Le score décrit l'objectif, pas la personne qui en était responsable. Il aide l'équipe à voir si la cible était réaliste et ce qui a fait obstacle, afin que les prochains objectifs soient mieux calibrés.
Il est utile de convenir à l'avance si un résultat clé est ambitieux ou d'engagement. Un résultat clé ambitieux va au-delà de ce que l'équipe est sûre de pouvoir faire, et s'en approcher largement est déjà un bon résultat. Un résultat clé d'engagement est une promesse sur laquelle d'autres comptent : tout ce qui n'est pas pleinement tenu appelle un examen posé de ce qui n'a pas fonctionné.
En cours de trimestre, la confiance est plus utile que le score. Chaque semaine, le responsable indique à quel point il juge probable que la cible soit atteinte, par exemple sur une échelle de 1 à 5. Une confiance en baisse est une alerte précoce qui appelle de l'aide, pas des reproches.
Séparer les OKR de l'évaluation des performances
Les OKR mesurent des objectifs, pas des personnes. Tenez-les à l'écart des entretiens d'évaluation, des primes et de la rémunération. Un résultat clé qui s'arrête à 60 % peut refléter une cible audacieuse, un changement du marché ou une dépendance envers une autre équipe, et rien de tout cela ne dit quoi que ce soit de juste sur le travail d'une personne.
Quand les objectifs pèsent sur l'évaluation d'une personne, chacun apprend vite à fixer des cibles qu'il sait pouvoir atteindre. L'ambition baisse, les niveaux de confiance cessent d'être sincères et les points d'avancement finissent par paraître meilleurs que la réalité. Séparer les deux permet à chacun de viser haut, de signaler les problèmes tôt et de voir dans une cible manquée une occasion d'apprendre.
Les erreurs courantes à éviter
L'essentiel des difficultés du début avec les OKR vient d'une poignée d'habitudes, faciles à repérer une fois qu'on les connaît.
- Trop d'OKR : cinq objectifs ou plus par équipe dispersent l'attention ; choisissez les deux ou trois qui comptent le plus ce trimestre.
- Des tâches déguisées en résultats clés : une ligne comme « lancer le nouveau formulaire » est un livrable ; demandez-vous ce qui doit changer une fois qu'il est lancé, et mesurez plutôt cela.
- Le travail courant : un OKR qui décrit ce que l'équipe ferait de toute façon ajoute de la paperasse sans rien changer ; gardez ces mesures comme KPI.
- Fixer puis oublier : des OKR rédigés la première semaine et rouverts la dernière ne peuvent guider aucune décision ; intégrez un point d'avancement hebdomadaire à la routine.
- Une démarche purement descendante : quand chaque objectif est imposé d'en haut, les équipes perdent la possibilité de dire ce qu'elles peuvent réalistement changer ; laissez-les proposer leurs propres OKR et arrêtez-les ensemble.
- Lier les OKR à la rémunération : faire dépendre les évaluations ou les primes des scores pousse vers des cibles sans risque ; tenez ces discussions séparément.
Commencer dès le trimestre prochain
Nul besoin d'un grand programme pour commencer. Un premier trimestre modeste et bien mené en apprend davantage que des mois de préparation, et chaque trimestre suivant s'appuie sur ce que le premier a montré.
- Arrêtez un à trois objectifs d'entreprise avec l'équipe de direction et formulez-les avec des mots simples.
- Demandez à quelques équipes de rédiger leurs propres OKR et de rattacher chaque objectif à l'objectif d'entreprise qu'il soutient.
- Choisissez un jour fixe dans la semaine pour le point d'avancement et limitez chaque mise à jour à quelques lignes.
- Organisez une courte revue à mi-trimestre pour ajuster l'approche, pas pour réécrire les cibles.
- Clôturez le trimestre par une rétrospective d'équipe et servez-vous de ce que vous avez appris pour préparer le cycle suivant.
Appliquez ces idées avec les exemples d’OKR par équipe et consultez le glossaire pour éclaircir les termes qui vous sont moins familiers.